Être une femme, est-ce un obstacle pour entreprendre ?

Notre groupe de gestion de projet a pu rencontrer des femmes issues de QPV et ayant créé leur entreprise.

Par Hugo Teulière

Dans un précédent article, nous avons pu vous présenter les QPV (Quartiers Prioritaires de la politique de la Ville) et les nombreux clichés qui sont rattachés aux femmes issues des QPV qui veulent entreprendre. Aujourd’hui, nous vous proposons de vous présenter les principaux obstacles qu’elles rencontrent tout au long de leur parcours entrepreneurial.

 

Les Focus Groups

Ces réunions avec les femmes entrepreneures se sont faites dans le cadre de deux focus groups : le premier avec des femmes qui voudraient créer leur entreprise (mais qui ne l’ont pas encore fait), le deuxième avec des femmes qui sont arrivées à concrétiser leur projet de création d’entreprise.

Rappel de la notion de focus group :

Un focus group ou groupe de discussion est une réunion d’échange qui permet d’échanger avec des représentants d’une catégorie donnée pour en apprendre davantage sur elle.

 

Tout d’abord parce que ces femmes ont des responsabilités familiales importantes.

Il est toujours plus difficile de se lancer dans l’entrepreneuriat lorsqu’on a une famille à nourrir, d’autant plus si on vient des quartiers prioritaires et qu’on n’a pas les moyens de faire garder ses enfants. Le fait d’avoir des enfants à charge est souvent un facteur non négligeable pour choisir un travail stable et ainsi éviter de prendre le risque de lancer une entreprise qui pourrait faire faillite. Or, quatre des six femmes interrogées lors du premier fucus group (celui des femmes n’ayant pas encore créé leur entreprise) ont au moins un enfant à charge et, parmi elles, deux élèvent seules leurs enfants. Concernant les femmes du deuxième focus group, six des neuf interrogées affirment avoir quitté leur emploi après avoir créé leur entreprise. L’une d’entre elles n’a toujours pas osé quitter son emploi qui est une source de revenue importante pour sa famille.

Le problème récurrent de confiance en soi chez les femmes, notamment à cause des discriminations qu’elles subissent.

C’est quelque chose qui est beaucoup ressorti lors des deux focus groups. Les femmes ne se sentent souvent pas légitimes pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Elles disent « ne pas se sentir traitées de la même manière que les hommes ». De fait, la littérature scientifique montre qu’elles ne le sont pas. Il faut noter que cette discrimination peut être élargie au monde professionnel en général, mais qu’elle est difficile à dépasser lors de la création de l’entreprise. Du fait de ce manque de confiance en soi, elles sont victimes du biais de la sur-confiance : à compétence égales, les hommes ont plus confiance en eux, ce qui conduit les investisseurs à penser que leurs projets sont plus solides. Or,il n’y a pas de lien direct entre le fait de se mettre en avant et la solidité du projet entrepreneurial.

Le monde de l’entrepreneuriat, un monde étranger à beaucoup de ces femmes.

Un manque d’expérience dans ce domaine.

On l’a dit, les femmes que nous avons rencontrées n’étaient pour la plupart pas destinées à devenir entrepreneures. Elles se sont donc lancées dans un domaine qu’elles ne connaissaient pas et dont elles ne maitrisaient pas les codes. Or, pour pouvoir réussir, il est important d’avoir un réseau relationnel plus ou moins important, ce qui leur fait défaut. De même, les QPV parfois éloignés des centres-villes agrandissent la distance spatiale entre l’environnement dans lequel ces femmes évoluent et les lieux de création et de renforcement du réseau social.

Une difficulté à communiquer sur son projet.

Une autre difficulté due au manque d’expérience dans le domaine de l’entrepreneuriat est liée au fait de se faire connaître. Au moins quatre des neuf femmes interrogées lors du deuxième focus group annoncent faire leur communication grâce aux réseaux sociaux et elles sont autant (parfois les mêmes) à affirmer avoir des difficultés à communiquer sur leur projet.

La question du financement

Il est évident que la confiance des financeurs est plus difficile à acquérir quand on n’a pas l’expérience de l’entrepreneuriat. Les entrepreneures commencent souvent leur aventure sur un modèle d’entreprise peu coûteux. Un de femmes interrogées, créatrice d’entreprise de VTC haut de gamme n’a toujours pas ses véhicules à elle et une autre femme qui a lancé son commerce lié à la gastronomie africaine a attendu plusieurs années avant d’ouvrir sa propre boutique en physique à cause de la difficulté à trouver les fonds nécessaires. Trois des six femmes du premier focus group affirment ne pas savoir quelles sont les sources de financement possibles. Elles savent que l’Etat propose des programmes de financement liés au fait d’être basé en QPV mais elles ne connaissent ni leur montant ni la manière dont elles peuvent les obtenir. Une des femmes interrogées a déclaré en statut d’association son activité à cause des contraintes financières liées à la création d’entreprise.

La solution, se faire accompagner ?

L’accompagnement par des incubateurs peut être une solution pour une femme qui se lance dans un domaine où elle ne s’est pas encore créée de réputation. Or, pour cela il faut savoir que de telles structures existent. Seule une seule des entrepreneures du deuxième focus group a affirmé avoir été accompagnée par un incubateur. Mais cette méthode d’accompagnement n’est pas la seule. Certaines des femmes ont fait appel à un conseiller d’orientation ou à un coach personnel, tandis que d’autres ont décidé de reprendre les études. Pour les mères élevant leurs enfants seules, l’accompagnement familial s’avère très pratique au quotidien.

 

Comme on l’a vu, les femmes entrepreneures issues de QPV rencontrent des difficultés qui leur sont spécifiques. Toutefois, elles perçoivent certaines comme une force. Ainsi toutes les femmes que nous avons rencontrées nous confient que malgré les responsabilités parentales, leurs enfants étaient une source de motivation et d’envie de dépassement de soi.

 

Plus d’informations sur l’Auteur : Hugo Teulière