A quoi ressemble une femme entrepreneure issue de la banlieue parisienne ?

A quoi ressemble une femme entrepreneure issue de la banlieue parisienne ?

Notre GP a pu rencontrer des femmes issues de QPV et ayant créé leur entreprise.

Par Hugo Teulière

Quand on entend parler des quartiers prioritaires ou des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), on ne pense pas forcément en premier à l’entrepreneuriat. Ces quartiers et les gens qui y habitent sont victimes de (nombreux) clichés. Par exemple : les entreprises sont créées parce que ceux ou celles qui les portent ne trouvent pas de travail, ces entreprises ne créent pas de valeur ajoutée…

Nous avons eu l’opportunité de rencontrer des femmes originaires de QPV qui souhaiteraient se lancer dans l’entrepreneuriat et des femmes (aussi originaires de QPV) qui ont déjà créé leur entreprise.

Les Focus Groups

Ces réunions avec les femmes entrepreneures se sont faites dans le cadre de deux focus groups : le premier avec des femmes qui voudraient créer leur entreprise (mais qui ne l’ont pas encore fait), le deuxième avec des femmes qui sont déjà entrepreneures.

Mais qu’est-ce qu’un focus group ?  

Un focus group ou groupe de discussion est une réunion qui permet d’échanger avec des représentants d’une catégorie donnée pour en apprendre davantage sur elle. C’est une méthode de recherche qualitative qui est beaucoup utilisée en sciences sociales pour étudier une problématique sociale. Ici, le but de nos focus groups était de récolter des informations sur les femmes entrepreneures pour pouvoir leur proposer des solutions adaptées aux problèmes qu’elles rencontrent tout au long de leur parcours, lors d’une troisième réunion.

Nos constats

Les femmes entrepreneures avaient un travail avant de se lancer dans l’entrepreneuriat.

Le cliché selon lequel les habitants de QPV qui créent leur entreprise le font parce qu’ils ne trouvent pas de travail se révèle faux : nos entretiens le montrent, que ce soit avec les femmes qui ont créé leur entreprise ou avec les femmes qui réfléchissent encore avant de se lancer. En effet, c’est le contraire que l’on a pu constater lors du focus group avec les femmes ayant créé leur entreprise puisque six d’entre elles (sur les neuf participantes) ont quitté leur emploi après avoir créé leur entreprise. Le fait de devoir quitter son emploi et en même temps la recherche d’une situation stable s’avèrent être un frein pour l’entrepreneuriat puisque lorsqu’elles se lancent dans une nouvelle activité, elles prennent un risque et font face à de nombreuses incertitudes.

De même, le niveau d’études de ces femmes est supérieur à la moyenne des personnes issues de QPV.

Second cliché déconstruit, on entend beaucoup parler du manque d’accès aux études supérieures pour les habitants des quartiers populaires, un fait avéré et qui a tendance à s’accentuer. « Seuls 54 % des jeunes de ces quartiers ayant achevé leurs études en 2013 atteignent un niveau d’études au moins équivalent au bac, contre 77 % de ceux des autres quartiers des unités urbaines englobantes », selon un rapport gouvernemental du MESRI-SIES. Dans le cas des femmes que nous avons interrogées lors du premier focus group (celles qui n’ont pas encore créé leur entreprise), cinq des six femmes interrogées ont obtenu au moins un diplôme postbac et, parmi elles, deux ont repris les études pour pouvoir ouvrir leur entreprise. Lors du deuxième focus group, ce sont six femmes sur les neuf présentes qui ont fait des études supérieures.

Les entreprises sont en réalité le plus souvent créées par vocation.

Le premier constat que nous avons fait est que ces femmes créent une entreprise d’abord par conviction personnelle ou parce qu’elles veulent combler un manque qu’elles ont constaté auparavant. Nous avons ainsi pu parler avec une femme qui souhaiterait ouvrir un centre de formation d’apprentis (CFA) pour former au numérique et aider les jeunes à trouver leur voie mais aussi dans le but d’aider chaque personne à pouvoir se reconvertir quand elle le souhaite. Une autre femme voyait son fils se désintéresser de la lecture car il n’arrivait pas à s’identifier aux personnages et a alors décidé créer une maison d’édition dont le but est de représenter les minorités et de donner un aspect multiculturel à la lecture. Ces entreprises sont en général créées parce que les femmes ont envie de faire bouger les lignes dans le domaine qui les concerne ou dans lequel elles ont déjà une expertise. De plus, leurs ambitions et leurs envies viennent souvent de leurs passions.

Nous avons d’ailleurs remarqué que les entreprises créées ou en projet étaient souvent des entreprises liées aux services et aux personnes. Ainsi, huit des neuf femmes qui ont participé au focus group réunissant les femmes ayant déjà créé leur entreprise ont une activité liée aux services.

Des femmes qui baignent dans un environnement multiculturel.

Si les QPV sont réputés pour être des lieux à forte mixité culturelle, les femmes que nous avons pu rencontrer ont elles aussi une grande richesse culturelle. Elles sont nombreuses à se dire « issues de la diversité » et à considérer cela comme une force. Deux femmes ont même chacune créé une activité commerciale en lien direct avec l’Afrique, leur continent d’origine, et permettent ainsi la découverte de produits indisponibles dans les autres commerces en France. L’une vend des produits issus de l’artisanat africain et l’autre a ouvert une épicerie vendant des produits africains difficiles à trouver dans les commerces traditionnels.

Les entrepreneures s’épanouissent dans leur travail.

Toutes les femmes qui ont créé leur entreprise ont affirmé être épanouies dans leur activité malgré les difficultés qu’elles peuvent rencontrer. Leur entreprise est devenue une source de fierté pour elles et, en même temps de confiance en soi. L’expression « être utile pour les autres » est aussi beaucoup revenue, ce qui n’est pas sans rappeler l’idée de vocation évoquée plus tôt. Le contact et la recherche de la satisfaction du client sont moins souvent le moyen que la finalité de leur expérience entrepreneuriale. Nous constatons que ces femmes sont parfois à la recherche d’une figure de mentor, d’une femme issue de QPV qui a déjà réussi auparavant, chose qui manque à l’heure actuelle.

 

On l’a donc vu, de nombreux clichés sur les femmes entrepreneures originaires de QPV n’ont pas lieu d’être. L’atmosphère générale de nos rencontres avec les femmes était celle de l’ambition, de la fierté et de l’envie de se rendre utile. Or, cela ne se fait pas sans obstacle, surtout quand on est une femme et que l’on vient d’un quartier qui est victime de clichés précédemment cités. Cela sera d’ailleurs l’objet de prochain article relatant nos focus groups.

 

Plus d’informations sur l’Auteur : Hugo Teulière