Tout savoir sur le role model entrepreneurial : Les réponses de Niels Bosma

Les roles models de la presse et des réseaux sont-ils (les) bons ?

Trophées des femmes de l’économie https://www.femmes-economie.com, blogs mettant en valeurs les femmes « inspirantes » https://catalyzher.com/heroines/…  Les initiatives pour créer des Roles Models pour les femmes sont nombreuses. Elles ont un un objectif commun: inspirer les femmes et les inviter à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.  Mais cela est-il suffisant ?

Pour y répondre, retour vers ce que disent les articles de recherche, en particulier l’article N. Bosma, J. Hessels, V. Schutjens, M. Van Praag et I. Verheul. Leur article qui a été publié dans « Journal of Economic Psychology », s’intitule « Entrepreneurship and role models ». Inspirant, ce n’est pas pour rien qu’il est parmi les articles les plus cités avec 472 citations !

Qui est Niels Bosma?

Niels Bosma est un chercheur et professeur associé à l’Université d’Utrecht aux Pays Bas, l’Université dans laquelle il a eu son Doctorat en économie géographique. Il est le co-fondateur et le coordinateur de l’initiative de l’entrepreneuriat social à l’Université d’Utrecht. Il est également le président du conseil d’administration de la Global Entrepreneurship Research Association: https://www.uu.nl/medewerkers/NSBosma

Avant d’arriver à l’Université d’Utrecht, il était affilié à l’école de commerce de London, Université Erasmus de Rotterdam et l’Institut Tinbergen.  Bosma a travaillé sur des thèmes divers dont nous citons les « role model » en entrepreneuriat et l’entrepreneuriat social…  Etant donné qu’à une certaine époque, il était le Directeur de Global Entrepreneurship Monitor, il a co-écrit divers rapports mondiaux GEM entre 2006 et 2013.

Bosma Niels s’intéresse également et particulièrement aux études sur le comportement entrepreneurial innovant dans des contextes sociaux et régionaux. Dans ce qui suit, je partage avec vous quelques synthèses et réflexions issues de l’étude de Bosma et ses collègues sur le role model entrepreneurial, ses caractéristiques et ses fonctions.

Le role model entrepreneurial, est avant tout une personne qui nous ressemble… 

En partant de la définition proposée par Donald. E. Gibson (2004) qui dit que le role model découle de deux notions fondamentales à savoir le « rôle » qui implique la tendance d’un individu à s’identifier dans d’autres individus et la « modélisation » qui consiste en une harmonisation psychologique en termes de capacités cognitives et de comportements entre deux personnes : une personne qui joue le rôle du « role model » et une autre personne qui observe. Bosma et al. (2012) rajoutent que cela implique le fait qu’il devrait y’avoir une similarité entre la personne et son « role model » en termes de caractéristiques, de manière de se comporter et d’objectifs.

En effet, en 2012, Bosma et ses collègues ont mené une étude dans 3 villes aux Pays-Bas (Amesterdam, Rotterdam et l’Utrecht) auprès de 292 personnes qui se sont lancées dans l’aventure entrepreneuriale : entrepreneurs et managers de jeunes entreprises opérant dans différents secteurs comme l’hôtellerie, la restauration et autres secteurs.  Bosma et ses co-auteurs ont identifié l’existence et l’importance du role model dans le processus de pre-startup mais aussi de post-startup.

Dans ce qui suit, les principaux points importants tirés de l’étude de Bosma et ses collègues sur le « role model » entrepreneurial, sont présentés.

A-t-on besoin d’un « role model » pour créer son entreprise ? 

Tout le monde n’a pas besoin d’un role model. Il y’a des individus qui ont beaucoup plus tendance à avoir besoin d’un « role model » entrepreneurial pour lancer et développer leur entreprise. Au fait, différents facteurs entrent en jeu comme le capital humain, l’expérience entrepreneuriale antérieure, le niveau d’éducation et l’âge de l’individu.

Plus l’individu a un niveau d’éducation élevé, plus il a tendance à être attiré par un « role model »dans le but d’apprendre de ce dernier. Par contre, plus il a d’expérience entrepreneuriale, moins il a en besoin. Bosma montre que les entrepreneurs qui avaient des role models étaient relativement plus jeunes que ceux qui n’en avaient pas. Ce point, concernant l’âge, a en effet aussi été prouvé par d’autres chercheurs comme Mungai et Velamuri (2009) qui ont trouvé que le role model entrepreneurial a plus d’effet positif sur l’intention entrepreneuriale quand il s’agit d’un jeune individu se trouvant dans une tranche d’âge qui varie entre 18 et 21 ans.

D’un autre côté, il s’est avéré, selon Bosma et ses collègues, qu’on est souvent inspirés par un « role model » entrepreneurial qui a la même nationalité que nous ; 80% des entrepreneurs interviewés étaient attirés par un role model qui avait la même nationalité qu’eux ; du même genre, qui est plus âgé, travaillant dans le même secteur d’activité que l’entrepreneur et qui est aussi plus performant dans son business et a une expérience entrepreneuriale plus importante. Par contre, en ce qui concerne le niveau d’éducation, l’entrepreneur et son « role model »ont généralement le même niveau d’éducation.

Le role model : faut-il le connaître en chair et en Os ?

Les résultats de l’étude de Bosma et al. (2012) dans le contexte Néerlandais ont montré qu’on est souvent inspiré ou attiré par un « role model » avec lequel on entretient un lien fort comme les parents, un membre de la famille ou un(e) ami(e) assez proche.

En effet, 40% des « role model » mentionnés par les entrepreneurs sont considérés comme des individus avec lesquels ils ont un lien étroit: Plus que 84% des entrepreneurs qui ont été inspirés par un « role model » avaient des contacts personnels avec ces derniers et plus que la moitié de ces « role model » sont contactés quasiment toutes les semaines. Ce qui démontre que pour être efficace, il devrait y avoir une forte et fréquente interaction entre l’entrepreneur et son « role model ». La nature et la fréquence de l’interaction est d’une importance cruciale.

Le« role model » peut aussi être un ancien employeur ou un ancien collègue, c’est ce qu’a trouvé Bosma dans 1/3 des cas rencontrés.

Néanmoins, il est vraiment rare qu’un « role model » entrepreneurial soit une star ou une personne célèbre. Un « role model », pour qu’il nous inspire et qu’il soit vraiment efficace, il faudrait qu’on le croise assez souvent. En effet, les résultats de l’étude de Bosma et et al. (2012) ont montré que seulement deux entrepreneurs considéraient un entrepreneur national ou international célèbre comme « role model ».

Les missions accomplies par un role model entrepreneurial …

Un role model, quand il nous influence, c’est sûrement car il exerce sur nous une attraction « magique »… 

Le role model entrepreneurial peut assurer 4 fonctions distinctes à savoir une fonction de mentoring qui est une forme d’apprentissage via l’appui et le soutien, d’amélioration de l’auto-efficacité, d’inspiration et motivation et enfin d’apprentissage via l’exemple. Dans l’étude de Bosma, les quatre fonctions ont été fortement évoquées par les entrepreneurs que ce soit en phase d’avant ou après lancement de l’entreprise. Mais il y’avait une fonction qui dominait le plus et qui était la plus importante aux yeux des entrepreneurs interviewés qui est : l’apprentissage via l’exemple!

Bosma a également montré qu’un « role model » assure le même type de fonction tout au long du processus entrepreneurial, une fonction qu’un « role model » exerce ne change pas avec le temps ! Que ce soit avant ou après lancement de l’entreprise, c’est toujours la même fonction.

Conclusion: Les mises en valeur des femmes dans la presse, c’est bien… mais ca ne sert pas à ce que l’on croit

Bosma et ses collègues ont trouvé qu’environ 50% des entrepreneurs interviewés dans le contexte néerlandais avaient des « role models » dans les phases d’avant et après démarrage de l’entreprise et il s’agissait souvent du même « role model ». Ces entrepreneurs-là étaient restés fidèles au même « role model » !

Donc, en suivant les résultats de Shane et pour mieux stimuler l’intention entrepreneuriale ou de croissance des femmes, les éléments clés sont :

  • D’assurer une certaine ressemblance entre le « role model »entrepreneurial et la personne « potentiel entrepreneur » ou bien un(e) entrepreneure souhaitant faire croître son entreprise, une ressemblance en termes de nationalité, de genre et de domaine d’activités afin de pouvoir mieux stimuler l’intention de croissance et l’intention entrepreneuriale.
  • D’assurer un certain rapprochement en favorisant et en multipliant les interactions entre la femme entrepreneure « role model » et d’autres femmes en créant par exemple des espaces de coworking ou de multiples évènements réunissant ces femmes d’une façon assez récurrente, avec plus d’accompagnement et en donnant l’exemple.

 

Référence bibliographique

Bosma, N., Hessels, J., Schutjens, V., Van Praag, M., & Verheul, I. (2012). Entrepreneurship and role models. Journal of Economic Psychology, 33(2), 410-424.

 

Auteur : Myriam Razgallah