La France compte 1296 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) qui regroupent 8% de la population française. Ces quartiers sont nés de la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine de 2014 où plus de la moitié de la population vit avec moins de 11 250 euros par an, soit 60% du revenu médian national. Résumé de l’enquête publié en octobre 2020 par l’Institut Montaigne, rédigé par Corinne CHEN, Daphné MATHEZ et Corentin BOECKTAELS, avec un zoom sur les QPV du département 93.

Qu’est-ce qu’un « QPV »?

Les QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville) sont définis principalement par leur pauvreté, en effet 42,5% des habitants de QPV vivent en dessous du seuil de pauvreté, contre 14,9% des habitants en France métropolitaine.

Les Spécificités des QPV

–     Ils accueillent davantage de populations immigrées. Entre 1982 et 2015 la part d’immigrés dans la population passe de 15,5% à 29,7%.

–     Il y a deux fois plus de jeunes de moins de 20 ans que de personnes de plus de 60 ans dans les QPV.

–     Ils disposent d’un parc de logements sociaux plus important.

–     Ils ont un taux d’emploi féminin plus faible que le reste de la France métropolitaine.

–     Ils présentent un taux d’abstention plus fort que le reste de la France métropolitaine, 48% de non-inscrits et d’abstention dans les QPV.

Il existe trois types de QPV en France

–     les quartiers « post-industriels » qui comptent près d’1 million d’habitants et qui se caractérisent par une grande pauvreté et une désindustrialisation

–     les quartiers « excentrés » comptants 1,7 millions d’habitants qui se caractérisent par leur éloignement et une sorte d’enfermement

–     les quartiers « maquiladoras » dont le rapport s’intéresse en particulier et qui se caractérisent par leur proximité aux grandes métropoles. Ces quartiers rassemblent 3,4 millions d’habitants

En Seine-Saint-Denis, 38,3 % de la population vit dans un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV).

 

« Des préjugés à déconstruire »

L’Île-de-France capte l’essentiel des richesses en France ?

FAUX : La région Île-de-France contribue à 31 % du PIB français mais ses ménages ne disposent que de 22 % du revenu disponible national. Elle est la seule région où la part dans la richesse créée au niveau national dépasse la part dans la richesse disponible.

La Seine Saint Denis n’est pas dynamique économiquement ?

FAUX : Entre 2007 et 2018, 29 % de laugmentation de la masse salariale en France sest faite en Seine Saint Denis.

Les territoires les plus pauvres reçoivent beaucoup de la solidarité nationale alors qu’ils y contribuent peu ?

FAUX : La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine, est le 8e département contributeur au financement de la protection sociale et celui qui reçoit le moins de protection sociale par habitant (8 400 € par habitant).

La politique de la ville est un puits sans fond ?

FAUX: Le montant des dépenses de l’État pour les quartiers pauvres et des bailleurs sociaux pour l’Agence nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) est de 1 000 euros par an par habitant. Mais d’autre part, l’État sous-investit dans les domaines de l’Éducation, de l’Intérieur et la Justice à hauteur d’un milliard d’euros (soit 180 euros par an par habitant).

Il n’y a pas de discrimination, c’est un phénomène marginal ?

FAUX: De nombreuses enquêtes prouvent que les discriminations à raison de la religion et à raison de l’origine existent. Dans l’enquête TeO47 % des personnes originaires d’Afrique subsaharienne, 32 % du Maroc, 30 % d’Algérie disent ainsi avoir fait l’expérience de discriminations.

Quelles solutions mettre en place ?

Des politiques publiques fondées sur le plan social et le bâti ont été mises en place dès les années 80. Cependant, ces plans se sont avérés inefficaces et ont au contraire accentué la marginalisation des habitants dans des grands ensembles.

En 1977 la politique « Habitat et vie sociale » est mise en place dans des QPV afin de rénover et de réhabiliter les HLM (Habitation à loyer modéré). Il est alors régulièrement reproché à la politique de la ville d’avoir trop mis l’accent sur la rénovation urbaine dans les quartiers au détriment du développement de l’activité économique.

Il est alors nécessaire de mieux répartir la pauvreté et d’instaurer des quotas de logements sociaux afin de limiter une trop grande concentration des ménages dans une situation financière précaire dans de grands ensembles.

Les efforts publics doivent davantage porter leur efforts sur la mobilité sociale, la cohésion sociale et la situation économique des habitants des QPV. Il s’agirait d’investir davantage dans la formation des habitants, dans l’éducation, dans l’intégration et dans l’accès aux services.

 

Pour consulter l’étude et son résumé :

https://www.institutmontaigne.org/publications/les-quartiers-pauvres-ont-un-avenir