Mixité et Réseau sociaux pour l’entrepreneuriat féminin - publié sur The Conversation - Chaire FERE

Mixité et Réseau sociaux pour l’entrepreneuriat féminin – publié sur The Conversation

Changer le leadership au féminin : Et si on rouvrait l’école des filles ?

Depuis 1932, grâce à Edouard Herriot, les écoles françaises ont une mission qui est passé du stade de l’instruction à celui d’éducation. Elles sont également mixtes depuis les années 60. Pourtant, 70 ans plus tard, l’éducation en France, dans les écoles et ce au moins jusqu’en classes terminales, est devenue involontairement genrée. Conséquence : les filles, une fois arrivées en enseignement supérieur et en entreprise, ont un leadership moindre que celui des garçons avec les conséquences que l’on connait. Pour améliorer cette donne, ne faudrait-il pas rouvrir, ne serait-ce que pour un temps des écoles spécifiques aux filles, comme on le fait actuellement avec les réseaux professionnels dédiés aux femmes ? A mon sens, la solution réside surtout dans la mise en place d’une école de la République, au sens platonicien, qui reprendrait sa mission éducative, peut-être trop laissée aux familles.

 

Peu de femmes dans les postes de pouvoir, pourquoi ?

Si 2016 voit l’arrivée de 2 femmes dirigeantes dans les entreprises du CAC 40 (Isabelle. Kocher chez Engie et Sophie Bellon chez Sodexho), force est de constater que, d’une part, elles ne sont que deux sur 40 à diriger une très grosse entreprise et, d’autre part, que la situation est guère meilleures dans les entreprises de plus petite taille : Les chiffres sont toujours flous mais on parle de 30% de dirigeants féminins, parfois 12% dans les réseaux d’entreprises dites à fort potentiel d’emploi (je pense à Réseau Entreprendre). Si elles n’accèdent pas à la direction d’entreprise, elles accèdent peu à des postes de direction ou à des mandats électoraux de manière générale. La loi et les quotas sont là pour le rappeler puisqu’il s’agit d’atteindre l’objectif de 40% de femmes dans un conseil d’administration d’entreprises cotées par exemple.

Les causes à ce phénomène sont à la fois trop évidentes et trop floues : Evidentes si on écarte d’emblé l’hypothèse que la femme serait moins compétente que l’homme pour des taches managériales ou de prises de décisions et que, naturellement, on privilégie à chaque fois l’homme à la femme… Lorsque choix il y a et, justement, là réside le paradoxe : Bon nombre d’acteurs clament élire ou soutenir un homme mais… de toute façon, il n’y a pas de femmes. Mauvaise fois, pas tant que cela  si on considère que les femmes choisissent essentiellement des carrières dans les ressources humaines, la communication, le marketing ou celui des études de R&D ou de marché… justement, les métiers qui ne conduisent pas véritablement à la direction d’une entreprise. Ce n’est pas pour autant qu’il y a parité dans les directions de ces services non plus…

 

Une spécificité qui se trouve déjà dans les études supérieures mixtes… avant même d’aller en entreprise

Ce syndrome que l’on appelle souvent l’effet plafond de verre  est non seulement loin d’être spécifique au monde de l’entreprise mais se trouverait déjà à l’entrée des grandes écoles, donc juste à la sortie du monde de l’éducation nationale, du baccalauréat ou des classes préparatoires.

Un indice ? Une étude réalisée dans une école de management de France. Pour se focaliser uniquement sur l’éducation en France, elle ne concerne que les étudiants éduqués dans le système éducatif français. Ils n’ont pratiquement jamais travaillé en entreprise, si ce n’est que dans des stages de moins d’un mois et ce que l’on appelle communément les « petits boulots ». Ces étudiants viennent d’intégrer l’école depuis 3 jours. Ils ne se connaissent pas tous. Pour faciliter, entre autres, cela, ils sont « invités » à participer à un concours d’innovation, comme dans les « véritables entreprise ». On les fait travailler en groupe de 5. Les groupes sont choisis arbitrairement mais trois catégories sont identifiables : les groupes exclusivement composés de garçons, les groupes exclusivement composés de filles et les groupes mixtes, majoritairement féminins ou masculins. Au final, chaque groupe soumet une idée d’innovation mais on arrive à retracer l’identité de l’émetteur de l’idée initiale. Ces idées seront jugées par des experts en innovation issus de grandes entreprises qui sélectionnent les 10 meilleures mais de manière anonyme, sans connaître les noms des étudiants qui les soumettent. Aucune de ces 10 idées finalistes n’est soumise par un groupe exclusivement composé de filles et aucune de ces 10 idées finalistes n’est soumise par une fille.

Que se passe-t-il ?

Les tests de créativité ne permettent pas de retenir l’hypothèse que l’agilité créatrice de la jeune femme serait moins bonne que celle du jeune garçon. La compétence intrinsèque n’est donc pas en jeu.

En revanche, au sein des petits groupes mixtes, les idées émises par les garçons sont systématiquement reprises tandis que celles des filles sont très majoritairement écartées : une première discrimination opérerait donc au niveau du petit groupe d’étudiants.

Seconde discrimination : au sein de la classe lorsque les étudiants sont invités à pré-sélectionner les idées qui iront en demi-finale et feront l’objet d’un examen par les « experts »… Les idées soumises par des groupes uniquement masculins ou féminins sont « recalées » tout comme les idées soumises par des groupes majoritairement féminins. En revanche, le groupe majoritairement masculin mais accueillant une fille a de plus grandes chances de voir son idée acceptée.

 

Pour une école des (jeunes) femmes ou par le retour de Platon dans l’école républicaine ?

Que conclure des résultats de cette étude ? Tout d’abord, que le sexe de l’individu est loin d’être une variable neutre et que les suggestions féminines sont moins bien considérées que celles émises par des hommes. Aussi, que ce processus de jugement émergerait non pas dans l’entreprise ou encore durant les études supérieures mais plutôt dès l’adolescence, peut-être même avant. Aussi, pour infléchir ces travers, les solutions quant aux quotas, etc. sont peut-être intéressantes mais il convient surtout de réfléchir à l’éducation des jeunes générations avant l’entrée dans les écoles, en particulier des jeunes femmes : Pourquoi se laissent-elles mettre leurs idées de côté ? Quelles attitudes développent-elles ou devraient-elles adopter pour voir leurs idées considérées ? Comment présentent-elles leur idée pour se les voir refuser ? Plus généralement, pourquoi choisissent-elles des

Dans ce contexte, l’idée d’un accompagnement spécifique des jeunes femmes dans l’école, dès le lycée, peut-être même le collège, en tout ca bien avant la sortie du baccalauréat, ne serait pas une solution déplacée : réflexion sur les critères de choix des études pour aider les jeunes filles à vraiment discerner leur avenir professionnel et le choix d’engagement dans telle ou telle filière, et pas uniquement dans les filières littéraires et médicales ; réflexion sur ce que l’on appelle le leadership en management : comment s’imposer, imposer ses idées, bien les formuler en groupe, selon la composition de ce dernier.

Certains lecteurs pourront rétorquer que ce type d’accompagnement peut aussi être pertinent pour les garçons et en particulier sur le regard qu’ils portent sur leur propre mode de leadership et leur interaction et leur jugement au regard de la gente féminine seraient aussi pertinents.

Sans aucun doute mais une chose est sure : Cette réflexion sur le leadership et sur le mode de jugement fait partie intégrante de l’éducation, prise dans le sens que Platon évoque dans « La république ». L’éducation permet de « s’orienter soi-même ». Ne pas considérer cette donne dans les programmes scolaires revient à amener le rôle de l’école à son rôle d’avant les années 1930 : une très bonne instruction et, laisser le rôle de l’éducation à la famille ou à tout ce qui a lieu hors de l’école : dans les associations ou ailleurs… Cette seconde voie me semble dangereuse et hasardeuse : elle fait fi des différences de classes sociales et des contextes respectifs dans lesquels baignent les enfants et adolescents. Elle ouvre la porte aux reproductions sociales et la perpétuation des regards que les générations actuelles portent sur la femme dans la société. Elle rappelle aussi que l’éducation est certes une affaire de famille mais que l’intégration de tous – hommes comme femmes – dans la « Cité, à l’ère de la République », est une affaire d’éducation qui doit être gérée par la communauté, autrement dit, l’école.