« L’entrepreneuriat féminin n’a pas la place qu’il devrait avoir en France »

Depuis son premier poste en agence jusqu’aux plus hautes sphères de BNP, puis BNP Paribas où elle supervise aujourd’hui les réseaux France de la banque de détail soit 28.000 personnes et est membre du comité exécutif, Marie-Claire Capobianco a toujours soutenu l’entrepreneuriat au féminin. Après avoir signé en 2014 une convention avec le ministère des Droits des femmes pour faire passer le pourcentage d’entreprises créées par des femmes de 30% à 40%, la banque vient de rassembler et d’intensifier plusieurs initiatives au sein du programme #ConnectHers.

LA TRIBUNE – Pourquoi avez-vous décidé d’accompagner l’entrepreneuriat féminin ?

MARIE-CLAIRE CAPOBIANCO – La mission première de la banque est de favoriser la croissance et l’économie. C’est notre métier et notre responsabilité. A ce titre, nous accompagnons tous les entrepreneurs mais nous faisons aussi des focus sur certaines typologies et c’est précisément le cas de l’entrepreneuriat féminin parce qu’il n’a pas la place qu’il devrait avoir. Cette trop faible représentation prive notre pays d’une source de croissance. Certaines études de l’OCDE chiffrent ce potentiel inexploité à 0,4% par an. Au-delà, il est aussi question de la place des femmes dans la société, sujet auquel je suis naturellement sensible.

Quelle est la place des femmes dans l’entrepreneuriat en France ?

Certains chiffres sont révélateurs. La France est le premier pays mondial en termes d’égalité homme femme dans l’accès à l’éducation et la santé. En revanche, la France était 64ème en 2016 pour la contribution des femmes à l’économie nationale. Les femmes représentent 48% de la population active et il n’y a guère plus de 30% de femmes entrepreneures dont beaucoup d’auto entrepreneures. Dans les catégories des entreprises de plus de 10 salariés, des entreprises innovantes ou des entreprises de la tech, on est plutôt à 10 ou 12%.

Quels sont aujourd’hui les freins qu’elles rencontrent ?

Toutes les études aboutissent aux mêmes conclusions. Les femmes utilisent moins les réseaux professionnels parce que, différemment des hommes, elles les conçoivent davantage comme des réseaux de valorisation que comme un outil business. D’autre part, elles sont généralement très investies dans l’opérationnel et moins dans la stratégie que les hommes. Le troisième frein relève d’une moindre confiance dans leur capacité à développer leurs affaires. Elles veulent tout maitriser avant de croitre et ont donc un recours très prudent aux financements. C’est ainsi qu’elles ont, par exemple, beaucoup moins recours aux levées de fonds. En 2016, 7% seulement des montants de fonds levés l’ont été par des femmes. Ces trois facteurs conjugués font que l’entrepreneuriat féminin n’a pas sa juste place.

Devant ces constats, vous venez de lancer #ConnectHers. De quoi s’agit-il ?

#ConnectHers est un programme BNP Paribas pour accompagner les femmes afin qu’elles aient l’envie et l’audace de se lancer et ensuite qu’elles voient grand dans le développement de leur business. Pour construire cet accompagnement, nous avons rassemblé plusieurs initiatives.

D’abord, il faut savoir connecter les femmes entrepreneures avec les bons acteurs. Pour cela, il est nécessaire d’avoir des chargés d’affaires sensibles à ce sujet qui puissent créer les bonnes connexions. C’est pourquoi nous avons formé une centaine de référents entrepreneuriat féminin répartis en France pour aider les femmes entrepreneures à développer et intégrer des réseaux d’apporteurs d’affaires et de partenaires. L’objectif est de les mettre en phase avec l’écosystème dont elles ont besoin car on est plus fort quand on conjugue des expertises multiples.

Deuxième action, les femmes ont besoin d’être informées sur les aspects clés de leur business. Nous jouons donc un rôle pédagogique en les invitant à toute une série d’ateliers sur des thèmes précis et utiles à l’exercice de leur métier de chef d’entreprise.

Troisièmement, nous mettons à leur disposition les partenariats que nous avons noués pour couvrir l’ensemble du cycle de vie d’une entreprise. A la création, le réseau de Fédération Pionnières peut leur apporter un premier soutien. Dans la phase de consolidation, nous travaillons avec Women Business Mentoring Initative (association fondée par Martine Liautaud avec qui j’ai co-écrit un livre sur l’entrepreneuriat féminin) qui propose du mentoring, gratuit d’ailleurs, pour leur permettre de passer un cap et savoir comment grandir. Enfin, nous travaillons avec Women Equity For Growth, dont nous parrainons l’index des entreprises de croissance dirigées par des femmes. Au travers de tout cela, notre motivation est d’apporter une réponse pertinente à chaque besoin, à chaque étape de la vie de l’entreprise.

Le quatrième grand bloc du programme correspond au conseil et à la proposition des solutions de financement les mieux adaptées à chaque entreprise. Nous pouvons, par exemple, leur parler du Fonds de garantie à l’initiative des femmes qui est particulièrement mal connu.

Quelles autres actions menez-vous en faveur des femmes entrepreneures ?

Nous intervenons aussi en amont de la création puisque nous sommes partenaires de 100.000 entrepreneurs de Philippe Hayat qui va dans les écoles, collèges et lycées pour donner aux jeunes envie d’entreprendre. Durant cette Semaine de sensibilisation des jeunes à l’entrepreneuriat féminin, nous cherchons à donner aux jeunes filles, dès le départ, cette envie d’entreprendre. Autre action, celle que nous menons avec Femmes Business Angels pour casser les codes des investisseurs. Enfin, nous participons à une étude de Séverine Le Loarne, chercheur associé à Grenoble Ecole de Management, sur les tendances et les évolutions de l’entrepreneuriat féminins qui sera publiée cet été. Je souhaite qu’elle puisse nous apporter de nouvelles pistes !

Et vous, êtes-vous tentée par l’entrepreneuriat ?

J’ai toujours considéré que j’étais entrepreneure ou intrapreneure, selon le terme consacré aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que j’ai toujours fait mon métier avec passion et dans l’état d’esprit de ne pas me borner à un périmètre. Bien sûr, l’entreprise a des règles. Mais j’ai toujours eu la possibilité d’exprimer mes idées et de les développer. Dans ma carrière, j’ai eu notamment la formidable opportunité de créer le modèle de banque privée adossé à un réseau, dans la suite de la fusion entre BNP et Paribas. Je me nourris aussi du contact avec les entrepreneurs. Cette envie d’entreprendre, je la vis.

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