Par Camille BOUST, ESC 1A Grenoble Ecole de Management

Le programme international StandUP (une initiative de l’Oréal) organise des formations pour apprendre à agir face à une scène de harcèlement. Et oui ! Le sexisme et le harcèlement sont deux réalités corrélées et tellement présentes qu’elles supposent de préparer les témoins et les victimes à y faire face. Analysons ce phénomène qui est (malheureusement) loin d’être anecdotique. 

Les tuyaux pour lutter contre le harcèlement de rue

Le harcèlement de rue, on en fait tout une histoire ? 

Le harcèlement de rue, c’est un peu un Remix de l’histoire de la biche et du chasseur. Vous ne connaissez pas cette histoire ? Laissez-moi vous la raconter.  

C’est l’histoire de Colette. Colette, c’est un peu tout le monde et personne à la fois, car chaque histoire de harcèlement est unique mais présente aussi des similarités. Alors pourquoi j’ai choisi Colette ? Quand on sait que 86% des femmes ont été victimes de harcèlement, un prénom féminin me semblait adapté. Colette attendait tranquillement ses amis aux alentours de 15h, heure de pointe pour le chasseur. Je vous épargne les détails sur sa tenue, ils ne justifient rien. Et le lieu ? Spoiler alert : l’harceleur a des jambes et se déplace, donc il peut être partout. Bref, revenons-en à notre histoire. Colette patientait en consultant son smartphone lorsque soudain elle aperçut un prédateur rôder près d’elle, lequel émettait des bruits buccaux très peu flatteurs. Colette eut beau changer de place, l’animal ne la lâcha pas, au contraire, il bloqua sa proie en se permettant de lui susurrer des paroles assez vulgaires dans l’oreille et de la toucher. Il ne tua pas sa proie, ce n’est pas ce qu’il voulait, son but était plutôt de la traumatiser pour marquer son territoire. Encore aujourd’hui, Colette est sujette à des angoisses répétitives et s’isole régulièrement par peur des autres. 

Cette histoire vous donne des frissons dans le dos ? Elle est pourtant quotidienne et se déroule parfois devant vos yeux. Le harcèlement affecte la santé mentale et psychologique de la victime et par extension sa situation sociale et financière. Voilà pourquoi il faut intervenir.  

Comment agir en tant que témoin ? 

En tant que témoin d’une scène de harcèlement, il faut réagir. En effet, 81% des femmes en France déclarent que la situation s’est amélioré lorsqu’une tierce personne est intervenue. Pourtant, ce n’est pas forcément évident, et seulement 20% des femmes déclarent avoir été aidées lorsqu’elles étaient harcelées. Et pour cause, les excuses sont multiples, on peut se dire « j’ai peur que cela se retourne contre moi », « j’ai peur d’aggraver la situation », « ce n’est pas bien grave », « je ne peux rien faire » ou encore « ce n’est pas mon problème ». Ce qu’il faut savoir c’est que « agir » n’est pas synonyme de « se mettre en danger » si on le fait convenablement. Pour cela, je vais vous présenter la règle des 5D : 

  1. Déléguer, en repérant une personne représentant l’autorité et en demandant de l’aide. Expliquer à cette personne ce qu’il s’est passé et lui demander si elle peut faire quelque chose. Il est aussi possible de déléguer à une personne lambda, ou de demander de l’aide en parlant très fort pour attirer l’attention sur la situation.  
  1. Distraire, en agissant de manière indirecte pour éviter que la situation ne dégénère en engageant une conversation avec la cible ou en trouvant un autre moyen de détourner l’attention de l’harceleur. 
  1. Documenter, en filmant l’incident ou en prenant des photos pour apporter des preuves si la victime souhaite porter plainte. 
  1. Diriger, agir directement sur la situation, après avoir au préalable évalué sa propre sécurité. 
  1. Dialoguer, dès que l’incident est terminé, faire le point calmement avec la personne harcelée pour la rassurer. Indiquer que l’attitude de l’harceleur n’était pas normale. Éviter de parler avec l’agresseur car débattre peut entrainer de la violence. 

Peu importe le « D » que vous choisissez, ne restez pas impassible !  

Comment agir en tant que victime ? 

Il ne faut jamais oublier que vous êtes une victime et cela implique deux choses :  

  1. Le harcèlement de rue n’est JAMAIS de votre faute  
  1. Il n’est pas de votre responsabilité d’avoir la réaction parfaite. 

Concrètement, qu’est-ce que cela implique ? De lâcher prise et d’arrêter avec les « j’aurais dû ». Être tétanisé face à un agresseur est une réaction normale. Ce qui est moins normal en revanche c’est qu’une personne se sente légitime à s’immiscer dans votre espace pour vous dégrader. Je me répète, il n’est pas de votre responsabilité d’avoir la réaction parfaite mais il est de sa responsabilité de ne pas vous harceler.  

Face à une situation de harcèlement, voici trois stratégies : 

1) Suivez votre instinct, c’est lui qui vous indiquera la meilleure chose à faire. 

2) Réaffirmer votre espace, pour faire respecter vos droits et pour reprendre votre place. 

3) Pratiquer la résilience, pour avancer. Il ne faut pas oublier ce qu’il s’est passé mais au contraire il faut l’accepter, travailler sur ce que l’on ressent pour ne pas laisser cet événement vous submerger. Dans le cas contraire, l’harceleur aura gagné.  

Une situation de harcèlement, quelle qu’elle soit, ne doit pas être minimisée. Vous êtes votre meilleur allié pour y faire face alors écoutez-vous.  

Le harcèlement de rue est un fléau contre lequel il ne faut pas rester les bras croisés. Soyons solidaire. 

Êtes-vous prêts à agir ? 

Sources : https://www.standup-international.com/fr/fr/

https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/harcelement-de-rue-la-regle-des-5d-une-methode-a-connaitre-pour-aider-une-victime-et-intervenir-en-toute-securite-2091301