Être femme entrepreneur à Oklahoma City

Unknown

Lorsqu’un quartier et les employés racontent l’entrepreneuriat d’une femme à Oklahoma City : Du flair et du rebond à tout âge pour un business pérenne mais évolutif !

 

Il était une fois, une femme qui crée un business en Oklahoma

En cherchant sur le net, je découvre qu’elle s’appelle Avis Scaramucci . Son employée, une femme d’origine mexicaine, à qui je donnerais 65-70 ans, l’appelle « ma chef » en opposition à son « superviseur », visiblement celui qui doit vérifier que tout est bien tenu dans le magasin, je n’ai pas trop cherché à explorer ça… bref, « sa chef » (on l’appellera ainsi) donc à monté son business il y a de cela 25 ans, certainement plus à Oklahoma City… De quoi s’agit il ? D’un magasin un peu curieux pour cette ville, où, justement, je n’y croise aucun magasin, si ce n’est que de très rares échoppes de bières, d’ailleurs bien fermées durant la journée. Ce magasin est très européen en un sens: « painted door », c’est son nom. On y trouve des objets divers: des cahiers types moleskines, des sacs, des éléments de décoration, le tout très design mais à prix abordables. Il aurait été monté en 2014, depuis que sa chef a pris sa retraite. La deco – que je trouve personnellement de très bon goût – a été faite par le fils de sa chef, qui est architecte à Londres. Le faux plafond qui recouvre la tuyauterie de couleur noire, commune à toutes les boutiques en Amérique du Nord, par son mari… En apprenant cela, je suppose donc que le conjoint de sa chef est très certainement un retraité de l’activité du bâtiment… peut être est il lui-même aussi entrepreneur… Le reste de l’immeuble, une bâtisse de trois niveaux, placée à la frontière en Le quartier de briques et Le quartier des affaires, donc, bien placé… surtout lorsque le tramway sera terminé et qu’il s’arrêtera juste devant son entrée, lui appartient. Autrefois, c’est à dire avant la retraite de sa chef, en 2014, le bâtiment était un restaurant, italien car sa chef est d’origine italienne, avec trois patios, un au rez de chaussée et les deux autres au niveau 3. La cuisine y était, aux dires de employée qui travaille pour sa chef depuis 5 ans, succulente. Elle a monté tout cela il y a 25 ans… ça marchait extrêmement bien, avec les mariages, les repas quotidiens… Ce bâtiment, la chef l’avait acheté il y a longtemps, avant que l’auto-pont qui lui fait face ne soit créé.

 

Créatrice, déterminée et manageur ?

La chef, s’est-elle faite aider? L’employée à l’air de la connaître et me fait comprendre avec un regard complice que cela n’a pas l’air d’être le genre de la chef de se faire aider… Certes, son fils a fait la déco. Certes il y a aussi la fille, qui a désormais 50 ans et qui fêtera en août prochain son 15ème anniversaire de mariage. Sa robe de mariée, parée de quelques diamants remplacés par des perles en plastique et surtout Le voile en dentelle de calais, est placée dans la nouvelle devanture à l’entrée du magasin (ça a été récemment aménagé, comme tout le reste…). J’insiste : « Et Le mari, peut être que c’était lui qui tenait le business ? Qui l’a financé … « il a peut être aider à acheter le bâtiment, oui… mais non, c’est bien elle qui gère tout ».

En calculant vite, la chef doit avoir au moins 70 ans… elle a monté son business à 45 ans… un business simple – Le restaurant – mais de taille significative (trois étages, du personnel, des achats…), ancré dans son passé d’italienne immigrée aux États Unis, peut être un peu épaulée financièrement au début par son mari, sans doute dans le bâtiment… tiens, un business italien aussi… bref, en tout cas, un business pérenne et un management !!! Jamais je n’ai entendu une employée parler de sa chef de cette manière. Pas d’admiration mais la reconnaissance du travail qu’elle a accompli, du respect. l’employée est elle même impressionnante : Embauchée il y a 5 ans, sans doute pour terminer l’affaire du restaurant, fait partie de ces personnes qui n’ont pas de retraite.. ou très peu… et travaillent bien au delà de 60 ans… autres pays, autre contexte, autres pratiques, autres habitudes de vie… En France, être embauchée à 60 ans relèverait pour elle de la prouesse, voire du miracle… Pour elle, non, c’est normal. Son fils, lui-aussi, est à Londres, marié a une femme irako-syrienne qui parle plein de langues. Elle, elle parle couramment l’espagnol (elle se dit d’ailleurs mexicaine) et impeccablement bien l’américain. L’Amérique, elle connaît bien ce pays : Superviseur dans le monde de la beauté, elle a parcouru pendant 18 ans 17 pays des Amériques, pris beaucoup d’avions. Elle me précise qu’il faut être toujours impeccable et ne pas avoir de faute de goût. Le Lin, matière du vêtement qu’elle me vendra, est un tissu pratique pour cela. Elle me montre comment le plier et le rouler dans du papier pour qu’il ne ressorte pas froissé de la valise… une cadre distinguée qui pour sa retraite enchaîne la tenue d’un magasin distingué lui aussi… Pour qu’elle en parle ainsi, de manière aussi posée et aussi lentement, la chef, assurément est femme entrepreneur à succès et bonne manageur…

Puisse en être ainsi de toutes les femmes entrepreneurs

C’est tout ce que l’on saura de la Chef… pour autant, le bâtiment et le quartier parlent…

 

Le centre ville, un quartier en souffrance économique ?

Le quartier est présenté comme Le quartier de sortie d’Oklahoma… quartier où l’on ne trouve pourtant que pubs et cafés, ouverts uniquement le soir, restaurants ou fast food positionnés autour d’un nouveau petit centre avec court d’eau artificiel, mini-golf, cinéma, espace de jeu video… la Mecque supposée des familles et, un tout petit peu plus loin, le stade de base ball… Le week-end, la ville semble être vide, l’espace semble être rendu aux âmes des enfants et des employés du bâtiment fédéral lui aussi soufflé en 1995, auquel le mémorial est sensé rendre hommage… Les âmes semblent avoir la place pour errer, en témoigne le nombre de bâtiments apparemment vides, les quelques restaurants aux fenêtres, obstruées (à l’instar du Spaghetti Warehouse dont l’enseigne se voit pourtant du nord de la ville alors, que, passant à côté, on ne voit que des fenêtres recouvertes de plaques de bois clouées). Il est vrai qu’avec des parkings à 10 dollars l’entrée (soit le prix d’un repas pour une personne), difficile de concevoir l’intérêt de se rendre dans un tel lieu pour profiter d’un repas, pire d’une bière, aussi proposé dans un « mall ».

Le chauffeur de taxi me vantera l’endroit du mieux qu’il le peut le lendemain en m’expliquant que la ville est justement très bien placée : au milieu des Etats Unis, donc est parfaite pour attirer des congrès, des conférences. La ville mise donc sur ca. Elle en est à sa nième levée de fond pour financer un mega centre de congrès, un tramway – celui-là même qui s’arrête devant le magasin de la chef et qui devrait amener directement les congressistes vers le centre ville – et propose une imposition défiant toute concurrence pour attirer des nouvelles entreprises, dont on a besoin, certes, mais pas tant, puisque Devon, le gros employeur du coin est là ! A ceci près que l’activité de Devon est dans le pétrole – on comprend donc l’enjeu de Trump à ne pas trop ratifier les accords de Paris. Il passera sous silence aussi l’investissement lourd et a priori raté de cette même ville pour construire un centre musée sur les indiens d’Amérique… centre qui est certes sorti de terre, dont l’accès est expliqué sur la carte touristique distribuée dans tous les hotels, dont le site web est bien en ligne… mais qui est pourtant fermé… « Plus de sous » m’explique l’employé de guichets de la station de bus longues distance….

 

Le flair et le bricolage… tant qu’on le peut pour reconvertir le business !

Dans cette incertitude économique, assurément, la chef semble avoir du flair à deux égards… déjà, au regard du nombre de personnes qui sont présentes au moment où je visite la ville, le marché est devenu trop petit pour des restaurants de grandes tailles… Facile de trouver une place dans un bon endroit une heure avant un bon match de base ball… entre plus facile de trouver une place dans un bon restaurant le lendemain…On est même 9 clients (3 tables) pour une capacité de… peut-être 120 personnes… Certes, le fils de la chef est peut-être devenu architecte d’intérieur à Londres mais pas de business plan pour comprendre que la reprise n’aurait pas été rentable… parenthèse ouverte, c’est amusant de constater que le fils soit devenu architecte, donc indépendant et, en un sens entrepreneur, alors que la mère est entrepreneur. Le gène de l’entrepreneuriat pourrait se transférer aussi par la mère… parenthèse fermée. Si les congressistes ne viennent pas rapidement, le marché sera inondé d’une offre inutile.

Second égard, l’avenir le dira. La chef parie sur la proximité du centre d’affaires (et de son futur arrêt de tramway) pour consacrer une partie du rez de chaussée de son immeuble en un magasin destiné aux femmes, proposant vêtements originaux, petits cadeaux et arts de la table… autant de petits cadeaux à acheter rapidement durant la pause du midi ou avant de rentrer à la maison… la chef parie ainsi sur une nouvelle pratique de vie des femmes cadres en Europe. Reste à voir si le pari se réalisera. Entre temps, la chef maintient propre ses deux patios, et l’espace de restauration laissé vide… peut-être pas pour longtemps. Les revenus d’une location seront toujours envisageables. Dans la vie, il n’y pas de petits profits… pour qui sait et peut attendre.

 

Sources :