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And of course, women must earn less than men, because they are weaker, and smaller, and less intelligent. They must earn less, that’s all !”
s’exclame Janusz Korwin-Mikke, député européen polonais lors d’un débat sur les inégalités salariales hommes-femmes au Parlement européen, le 1er mars 2017.

Le 1er mars 2017 ? Ces propos semblent pourtant sortis tout droit des années 1960.
Aurait-on régressé tant que cela?

Qu’un député européen défende aussi ardemment l’infériorité des femmes, que le Président des Etats-Unis décide d’interdire le financement des ONG internationales défendant l’avortement, que le gouvernement russe vienne de décriminaliser les violences conjugales, ou simplement les 23% d’écart de salaire entre hommes et femmes à travail égal en France aujourd’hui, sont autant de signes forts que le combat féministe n’est pas encore gagné.

Qu’est-ce que le féminisme?

A ceux qui s’insurgent que les féministes, parfois affublé.e.s du doux nom de “féminazi.e.s”, puissent “pinailler” pour des détails, les faits sont pourtant là pour démontrer qu’aujourd’hui, nous avons toujours besoin de la lutte féministe, nous avons toujours besoin que des gens veillent à l’égalité des droits des femmes et des hommes. Car c’est tout simplement cela, le féminisme: un mouvement de pensée qui considère que les hommes et les femmes doivent être égaux en droit.

Historiquement, la société occidentale s’est développée sur un mode patriarcal où une moitié de l’humanité s’est retrouvée bien pauvre en droits et libertés. Devinez laquelle. Rétablir l’équilibre revient donc souvent à lutter pour donner plus de droits aux femmes, mais soyons clairs : les hommes pâtissent également des inégalités de genre. N’oublions pas que dans un divorce, la garde des enfants est quasi-systématiquement donnée à la mère, bien que le père présente parfois une situation plus stable. Et puis, Messieurs, ne seriez-vous pas soulagés de ne plus vous sentir obligés de nous inviter au restaurant ou de payer le taxi, parce que c’est ce qu’elle attend et non pas parce que vous en avez envie?

L’implication des hommes dans la lutte féministe est un des facteurs clés de succès identifiés par les mouvements du type “HeForShe”. Elizabeth Nyamayaro, directrice de UN Women et du mouvement HeForShe, se réjouissait des réactions positives reçues d’hommes venant des 4 coins du monde au moment du lancement de HeForShe et de voir que plus de 100 000 hommes ont rejoint le mouvement HeForShe au cours de sa première semaine d’existence.

Le sexisme ordinaire

Notre société patriarcale a mis en place des valeurs, des croyances, des références, qui influencent nos perceptions et nos actes. Et cela s’observe dès l’école primaire : alors qu’un garçon qui réussit est qualifié de “sûr de lui”, “ambitieux”, “leader”, une fille qui réussit, elle,  est plus facilement qualifiée de “soigneuse”, “obéissante”, “studieuse”… en bref : elle est conforme.

Ces perceptions font partie prenante de la société actuelle, puisqu’on a grandi avec elles. Ce sont elles qui génèrent notamment ce qu’on appelle le “sexisme ordinaire”, des stéréotypes et des représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes. Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales et auteure du « Petit Traité contre le sexisme ordinaire », 2009 (Albin Michel), explique :

“[Le sexisme ordinaire, ce] sont toutes ces petites flèches qui excluent les femmes parce qu’elles sont des femmes, en les ramenant à leur biologie. Cela peut prendre la forme du paternalisme, de la condescendance ou de la séduction lourde. Cela peut, par exemple, se manifester à travers une phrase comme «Mon petit, allez me chercher ce dossier », lancée à une collaboratrice plus jeune. Mais attention, je ne parle ni de discrimination ni de harcèlement, sanctionnés par la loi, même si la frontière est parfois mince.”

La culture du viol

Et parfois, ces perceptions mènent également à des situations plus graves encore : le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles et les viols, largement banalisés aujourd’hui. C’est ce qu’on appelle “la culture du viol”.

La culture du viol décrit un environnement social et médiatique dans lequel les violences sexuelles trouvent des justifications, des excuses, sont simplement banalisées, voire acceptées. (source : Madmoizelle.com)

En voici un exemple édifiant: le 2 mars 2017, le journal belge La Meuse publie un article intitulé en version web “Violences sexuelles: 1 suspect sur 5 est… une femme!” et en version papier “Violences sexuelles: les femmes pas si innocentes que cela!

L’article énonce un certain nombre de statistiques – dont celles montrant clairement que la grande majorité des agresseurs sont des hommes, sans pour autant préciser que 91% des victimes de viol sont des femmes (INSEE 2015).

D’ailleurs les hommes qui représentent 83% des suspects pour violence sexuelle, seraient “indétrônables”. Ce choix de vocabulaire laisse à penser qu’il s’agit d’une sorte de compétition. Or, la sémantique a son importance car il ne s’agit alors plus d’un phénomène grave dans la société, mais bien d’un concours. Les crimes en question sont minimisés par ce choix de vocabulaire,  la pornographie enfantine étant ramenée à “un passe-temps pervers”. Les mots portent un sens et La Meuse nous fait une belle démonstration de banalisation.

L’information principale de l’article consiste à souligner que les femmes sont les principales suspectes d’incitation à la débauche, sans se demander pourquoi. L’incitation à la débauche comprenant notamment le racolage sur la voie publique ou le téléphone rose, deux activités fortement féminines…

Enfin, et peut-être plus grave encore, l’article se conclut sur la citation d’un “sexologue et thérapeute” (qui n’est d’ailleurs pas médecin) qui justifie le fait que l’homme soit le principal agresseur dans les affaires de violences sexuelles en le ramenant à sa nature biologique :  “C’est probablement dû à des facteurs hormonaux et biologiques (testostérone…). Et quand l’homme passe à l’acte, c’est parce que, vu sa fragilité narcissique, il n’a pas intégré les interdits fondamentaux.”

Ce déterminisme est extrêmement dangereux et pourtant assez courant car il ôte à l’agresseur sa responsabilité. Ici, on a presque l’impression qu’il est lui-même victime de sa “fragilité narcissique”. Nier ou minimiser la responsabilité de l’agresseur est une caractéristique propre à la culture du viol, de même que les victimes sont, elles, souvent rendues coupables de ce qu’elles ont subi : en fonction de ce qu’elles portaient, de l’endroit où elles étaient, de la ferveur de leur “non”, ou de leurs fréquentations, par exemple.

Nous pouvons tirer plusieurs leçons des quelques éléments discutés ci-dessus.

Ces incidents récents ne font que nous rappeler que le changement ne se fera pas en un jour et que les mouvements féministes ne doivent pas faiblir et continuer leurs actions, en particulier, la sensibilisation des plus jeunes et la déconstruction de perceptions sociales patriarcales.

De plus, si les femmes sont principalement touchées par les inégalités de genre, elles ne sont pas les seules. La lutte féministe ne doit pas rester qu’une affaire de femmes : les hommes doivent également en faire partie, ils devront prendre part au changement pour qu’il soit réellement intégral.

Si vous souhaitez plus d’informations sur les thèmes abordés dans cette article, nous vous invitons à consulter les liens suivants :

Sources :

http://liege.lameuse.be/51129/article/2017-02-28/violences-sexuelles-les-femmes-pas-si-innocentes-que-cela

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/video-les-femmes-sont-moins-intelligentes-le-delire-sexiste-d-un-depute-europeen_1885247.html

http://www.elle.fr/Societe/La-parole-aux-femmes/A-vous-de-le-dire/Halte-au-sexisme-ordinaire-!-1164474

http://www.madmoizelle.com/sexiste-epuise-238678

http://www.madmoizelle.com/pourquoi-les-filles-ne-font-pas-carriere-644851https://www.youtube.com/watch?v=x4ms-xbMhhw

http://www.madmoizelle.com/egalite-ecole-appel-temoin-730195

http://www.huffingtonpost.fr/2013/02/18/sexisme-hommes-victimes-de-discriminations_n_2709518.html

http://www.inegalites.fr/spip.php?article972

http://www.madmoizelle.com/je-veux-comprendre-culture-du-viol-123377

http://www.mesopinions.com/petition/politique/sanction-significative-eurodepute-janusz-korwin-mikke/28704

http://www.heforshe.org/en/our-mission

https://www.ted.com/talks/elizabeth_nyamayaro_an_invitation_to_men_who_want_a_better_world_for_women?language=en

https://www.youtube.com/watch?v=gkjW9PZBRfk